On mesure le degré de civilisation d’une société à la place qu’elle accorde aux plus vulnérables d’entre les siens. À chaque rentrée, le discours officiel se veut rassurant, presque auto-congratulateur. Pourtant, derrière les vitrines institutionnelles, la réalité des enfants en situation de handicap et de leurs familles est tout autre. Elle est faite d’une double violence : celle d’une administration d’une lenteur dramatique, et celle d’un regard social abîmé par l’indifférence et les mauvais préjugés. Comme si la fatalité ne concernait que les autres, et que la différence était une faute plutôt qu’un défi collectif.
Quand la bureaucratie déshumanise l’humain
Derrière chaque demande d’accompagnement, derrière chaque recours déposé par des parents épuisés, il n’y a pas des chiffres, mais des vies. Pourtant, la machine administrative semble l’avoir oublié. Dans les rouages complexes de nos institutions, les enfants en situation de handicap sont trop souvent réduits à de simples numéros de dossiers, triés et empilés au gré des budgets disponibles.
Cette lenteur dramatique de l’administration n’est pas qu’un simple problème de gestion ou de paperasse ; c’est une violence invisible. Demander à des familles, déjà éprouvées au quotidien, de mener une guérilla administrative permanente pour obtenir ce qui leur revient de droit est indigne. L’attente interminable d’une place, d’un accompagnant ou d’un aménagement scolaire devient alors le symbole d’un système qui gère des flux financiers là où il devrait accompagner des destins humains.
Du préjugé à l’indifférence, le naufrage de la solidarité
Mais le mur de l’administration n’est pas le seul obstacle. Il se double d’un rempart invisible, parfois plus douloureux encore : celui du regard social. Trop souvent, le handicap est perçu à travers le prisme déformant des mauvais préjugés. On y voit une charge, un frein à la progression collective, ou une anomalie que l’on préfère ignorer, conforté par cette illusion rassurante que « cela n’arrive qu’aux autres ».
Or, l’école inclusive ne pourra jamais être une réalité tangible si elle ne repose que sur des textes de loi. Elle exige un changement radical de mentalité. Tant que les autres parents, tant que la communauté éducative et les citoyens verront la différence comme un problème et non comme une richesse, l’isolement des familles persistera. La solidarité nationale ne doit pas être une option ou un élan de charité lointain ; elle est le ciment d’une société qui refuse de trier ses enfants.
Pour une véritable politique du droit
En laissant s’installer la lenteur bureaucratique et les jugements hâtifs, nous ne faisons pas que faillir à notre devoir d’éducation : nous abîmons notre propre dignité collective. Un enfant en situation de handicap n’est pas un dossier à réguler, c’est un citoyen en devenir qui a droit à la même considération que tous les autres. Il est temps de substituer à la froideur des chiffres et à la distance du regard une véritable politique du cœur et du droit. Parce que la justice sociale commence là, sur les bancs de l’école, et qu’aucun enfant ne devrait être rendu invisible par l’indifférence du monde.
✍🏾 Par AISSEGNAIMON — Juriste et éditorialiste engagée pour la justice et la dignité des peuples.
Fasoinfos.com- éditorial du lundi
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