lundi, juillet 6, 2026
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⚖️ Editorial : Étrangers martyrisés en Afrique du Sud, le cris d’alarme d’une Afrique divisée, le silence coupable de l’État face à la xénophobie

Le spectacle est devenu aussi insoutenable qu’habituel. Des mouvements de rue s’arrogent le droit de traquer, d’intimider et de pousser à l’exode des milliers de ressortissants africains, fixant des ultimatums arbitraires au mépris des lois et des traités internationaux. Face à cette violence qui se déploie au grand jour, la question fondamentale de la souveraineté se pose avec une acuité brûlante : où se trouve l’État quand la rue dicte sa proprej
Si de telles scènes de traque et d’expulsion ciblée se déroulaient sur le continent européen, le monde entier s’indignerait d’une voix unanime, dénonçant un racisme d’État et une violation flagrante des droits de l’homme. Mais lorsque ce martyre se joue entre nations sœurs sur le sol africain, le concert des nations bégaie, se cachant derrière des euphémismes de « régulations migratoires » ou de « tensions sociales ».
Pourtant, cela dépasse le simple cadre du racisme : c’est un reniement absolu de notre commune humanité. La haine de l’autre ne saurait être plus tolérable ou plus excusable sous prétexte que le bourreau et la victime partagent la même couleur de peau.
La tragique amnésie d’un continent divisé
Le plus douloureux dans ce drame réside dans la trahison de la mémoire collective. Le monde entier, et au premier chef les peuples africains, s’est mobilisé corps et âme pendant des décennies pour briser les chaînes de l’Apartheid. C’est au nom de la solidarité continentale, du panafricanisme et de l’idéal de l’Ubuntu que des pays voisins ont accueilli les combattants de la liberté et payé un lourd tribut pour la libération de ce pays.
Aujourd’hui, voir ce même espace devenir le tombeau de la solidarité et le théâtre du martyre de ceux qui l’ont autrefois soutenu est une ironie tragique. En défigurant l’Ubuntu pour en faire un argument d’exclusion, ces mouvements tournent le dos à l’histoire.
La véritable souveraineté d’un État ne se mesure pas à sa capacité à capituler devant les pulsions xénophobes de la rue, mais à sa rigueur pour faire respecter la loi et protéger chaque être humain sur son territoire. Quand la solidarité nous manque en Afrique noire et que les institutions abdiquent, c’est l’âme même du continent qui s’effondre. Il est grand temps que le cri d’alarme d’une Afrique divisée devienne le sursaut d’un continent qui refuse la barbarie.

✍🏾 Par AISSEGNAIMON — Juriste et éditorialiste engagée pour la justice et la dignité des peuples.

Fasoinfos.com – éditorial du lundi

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