Il fut un temps où l’uniforme rassurait.
Aujourd’hui, il inquiète.
Quand ceux qui ont pour mission de protéger deviennent ceux qui ôtent la vie, ce n’est pas seulement une dérive sécuritaire. C’est une rupture morale profonde.
Tuer une femme, mère de trois enfants, ce n’est pas une bavure ordinaire.
C’est un crime contre toute l’humanité.
Car on ne supprime pas seulement une vie : on brise une famille, on condamne des enfants à porter une absence irréparable, on détruit un avenir.
Tuer un infirmier, un homme dont le métier est de sauver des vies, ce n’est pas un incident.
C’est un crime contre toute l’humanité.
Car on abat symboliquement ce que la société a de plus précieux : le soin, la protection, l’humanité même.
Ces morts ne sont pas isolées.
Elles s’inscrivent dans une succession de faits où des civils tombent sous les balles de ceux qui devraient garantir leur sécurité.
Et à chaque fois, le même scénario se répète : une justification immédiate, une parole officielle affirmant que la victime était armée, dangereuse, prête à tirer.
Puis viennent les images.
Et trop souvent, elles racontent une autre histoire.
Il ne s’agit pas de condamner sans procès.
Mais il est impossible de fermer les yeux quand la réalité filmée contredit systématiquement les récits institutionnels.
Quand la version officielle devient un réflexe défensif plutôt qu’une recherche sincère de vérité, la confiance s’effondre.
Le plus grave n’est pas seulement la mort.
C’est sa banalisation.
À force de répétition, l’irréversible devient presque normal. On s’indigne brièvement, puis on passe à autre chose.
Une mère, un soignant, un civil de plus s’ajoute à la liste. Et l’on appelle cela maintien de l’ordre.
Mais aucun ordre ne justifie la mort de l’innocent.
Aucune sécurité ne peut se construire sur le sang de civils.
Et aucune démocratie ne peut survivre quand la force publique tue sans rendre de comptes clairs, transparents et indépendants.
Quand ceux qui doivent protéger ôtent la vie, ce n’est pas une simple erreur opérationnelle.
C’est un échec moral collectif.
Et une société qui accepte cela sans exiger la vérité finit toujours par perdre bien plus que la sécurité : elle perd son humanité.
✍🏾 Par AISSEGNAIMON — Juriste et éditorialiste engagée pour la justice et la dignité des peuples
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